
Artisan philippin, mon travail suit le mouvement des éléments – le feu, l'eau, l'air et la terre – et leurs cycles de transformation, de renouveau et de décomposition.
Avant de me tourner vers l'argile, j'ai passé des années dans l'humanitaire, auprès de communautés meurtries par la guerre, les catastrophes et l'exil. C'est là, au milieu des décombres et de la vie qui reprend son cours, que mon chemin vers la céramique a commencé.
J'y ai souvent croisé des objets faits à la main dont dépendait la vie de tous les jours : jarres rapportées du puits, marmites noircies par le feu, bols passant de main en main. Ces objets modestes ne servaient pas qu'à leur usage ; ils portaient une continuité, une force, une mémoire. J'ai gardé ces images en moi, et c'est de là qu'est né mon travail.
Je me suis ensuite formé à Florence, en Italie, où j'ai appris à mieux connaître l'argile : ses formes, son alchimie, ses métamorphoses. C'est sur ces bases que je travaille aujourd'hui en France, où je me consacre surtout à la porcelaine, une matière à la fois fragile et solide, lumineuse et tenace, à l'image des histoires humaines qui m'ont d'abord conduit vers l'argile.
Dans mon atelier, installé dans le Gâtinais, je façonne aussi bien à la main qu'au tour, guidé par le lien qui m'attache à la terre et à ses cycles. Chaque pièce naît d'une argile extraite du sol, mise en forme, séchée, puis transformée par le feu. Pour mes cuissons en saggar, j'enferme les formes avec des feuilles, des fleurs et des minéraux ramassés une fois leur saison passée, et je laisse le feu écrire son propre récit à leur surface.

En 2026, mon travail a pris une nouvelle ampleur lors d'une résidence à la manufacture Kouraku, à Arita au Japon, un lieu profondément enraciné dans l'histoire de la porcelaine.
Au contact de la porcelaine japonaise et de matériaux traditionnels comme le gosu, avec des combustibles trouvés sur place (paille de riz, bois, matières organiques), j'ai commencé à explorer autrement ce qui se joue entre maîtrise et imprévu.
À l'intérieur des saggars scellés, ces éléments réagissent dans un espace clos mais vivant, où la fumée, la cendre et les métaux vaporisés laissent sur la porcelaine des traces qu'aucune autre cuisson ne reproduira. Sans rompre avec la précision qui a fait la porcelaine d'Arita, ce travail s'en éloigne doucement pour laisser venir l'imperfection, le hasard et la transformation.
Mes pièces naissent de cette tension, entre tenue et lâcher-prise, entre volonté et abandon.
Par le feu, je ne cherche pas à imposer une forme définitive, mais à composer avec des forces qui échappent à mon contrôle. Chaque pièce garde la trace de cette rencontre : une surface que façonnent la main, mais aussi le temps, l'atmosphère et les mouvements invisibles du four.
Mon travail continue ainsi de porter l'empreinte des lieux qui l'ont formé : des lieux où la fragilité et la force cohabitent, et où la beauté ne naît pas de la perfection, mais des traces qui subsistent.
Au fond, mes pièces parlent aussi, discrètement, de ce qui répare.
J'ai vu ce que font les conflits, le deuil et l'exil, et je sais combien les vies humaines et les milieux que nous habitons sont fragiles. Par la terre et le feu, je ne cherche pas à représenter ces expériences, mais à ouvrir un espace où la transformation est possible, où ce qui est brisé, altéré ou marqué par le temps garde du sens, une dignité, une présence.
Chaque pièce reste ouverte à ce qui apparaît : un geste vers la résilience, et l'espoir d'une continuité, d'un soin, d'une paix.
