Une collection d'œuvres en porcelaine cuites en saggar, développée lors d'une résidence en 2026 à Arita, au Japon — où la tradition rencontre l'art du lâcher-prise.

Residues of Fire – Arita Series est un ensemble d'œuvres né d'un dialogue intime entre la porcelaine, la flamme et le temps.

Créée lors d'une résidence à Kouraku Kiln, à Arita (Japon) cette collection s'inspire de la précision de la porcelaine japonaise tout en s'éloignant doucement de sa quête de perfection. Elle embrasse au contraire l'imprévisibilité comme partie essentielle du processus.

Chaque pièce est réalisée selon une technique de cuisson en saggar : elle est enfermée dans un contenant scellé, rempli de matières organiques et d'éléments minéraux, notamment paille de riz, bois, algues, matières végétales séchées et oxydes, dont le gosu. Beaucoup de ces matériaux sont récoltés localement, ancrant l'œuvre dans son environnement.

Pendant la cuisson, la flamme, la fumée et les minéraux vaporisés circulent librement dans cet espace clos, laissant des traces irremplaçables à la surface de la porcelaine. Ces marques ne sont pas appliquées, mais révélées : elles naissent d'un processus qui résiste à toute maîtrise totale.

Le travail commence avec soin : les formes sont façonnées au tour ou par modelage à la main, et certaines surfaces sont traitées à l'oxyde ou à l'aérographe. Mais une fois la pièce enfermée et placée dans le four, le résultat échappe au contrôle du céramiste. Le feu devient à la fois complice et conteur. On ne connaît le résultat qu'à l'ouverture du four.

Contrairement au raffinement souvent associé à la porcelaine d'Arita, ce travail explore un éloignement discret de l'image et de la perfection. C'est une invitation à lâcher prise : à laisser l'irrégularité, le mouvement et la transformation émerger, à la fois dans la forme finale et le décor de surface.

Cette démarche s'enracine non seulement dans une exploration matérielle, mais aussi dans une expérience vécue. Ayant travaillé auprès de communautés touchées par les conflits et les déplacements, j'ai pu constater à quel point les structures fondées sur le contrôle et le pouvoir peuvent façonner, et souvent briser, des vies humaines.

Dans l'atelier, je choisis la direction inverse : celle de l'abandon, celle de la collaboration avec des forces qui me dépassent. Le four devient un espace où les résultats ne sont pas imposés, mais laissés à s'accomplir.

Les intérieurs reçoivent un émail transparent (satiné, brillant ou mat) afin de préserver leur fonctionnalité, tandis que les extérieurs conservent les marques de leur passage à travers le feu. Chaque pièce porte la mémoire de cette rencontre : l'intensité de la chaleur, le mouvement de l'air et l'empreinte des minéraux.

Cette collection reflète une exploration continue de l'impermanence, de la résilience et de la beauté que l'on trouve dans ce qui ne peut être ni pleinement prévu, ni répété.

Chaque pièce est singulière : un écho de feu, figé dans la porcelaine.

Échos du quotidien

Ces formes (senchawan, yunomi, tasses à couvercle) sont ancrées dans la tradition, mais je les envisage comme des formes ouvertes aux usages du quotidien. En tant que céramiste, j'aime imaginer des usages multiples pour ces formes : un senchawan peut accueillir un espresso, une tasse à couvercle peut servir à la sauce soba. À travers cette collection, j'explore comment ces formes « strictes » peuvent évoluer, s'adapter et trouver leur place dans vos rituels quotidiens : utilisez-les comme vous le souhaitez.

Dans un monde souvent façonné par le contrôle, ces œuvres offrent un espace à l'incertitude, à la transformation et à une résilience discrète. Mes pensées vont à ceux dont la vie continue d'être façonnée par les conflits, la perte et le déplacement.